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Jeanie Bogart PDF  | Print |  E-mail

paradoxeLa poétesse Jeanie Bogart vient d’agrémenter la production littéraire haïtienne d’un nouveau recueil de poèmes intitulé Paradoxe. Publié par les Editions Dédicaces, ce joyau de soixante-douze pages  contient cinquante-trois textes qui feront, certes, couler beaucoup d’encre. En attendant d’y revenir dans notre prochaine édition, nous prenons le plaisir de partager avec nos lectrices et lecteurs un extrait de ce livre qu’on  peut se procurer sur www.Amazon.com, www.dedicaces.com et en composant le (514) 375-1042.

(Extrait)
Par inadvertance, j’entrai dans le monde de l’écriture les yeux fermés, la parole comme guide de ma quête d’absolu. Dans ma tête, se promènent une plage, des cocotiers écroulés sous le poids de leurs fruits et une barque trouée par endroit. J’ai au corps le plus diable des désirs, sur les lèvres un goût de sel et dans les cheveux un soleil miroitant la mer tropicale. Mes doigts ont gardé la soyeuse touche des choublacks et mes pieds le bruit des frottements du sable. Avec effronterie, j’arpente les allées de ma mémoire à la recherche de ces moments ensevelis. La froidure nordique infiltrée dans les recoins de mes désirs a depuis longtemps congelé le flot de mon miel.
Je viens du sud. La passion à fleur de peau, aimer à démesure est pour moi la façon la plus banale d’aimer. Désorientée, je piétine la neige blanche des rues et des parcs de New York. Je m’en fous. Mes yeux se promènent sur la blancheur des toits et des trottoirs, mon cœur comblé d’un éternel été tropical. Je parle au vent et à la pluie ; je réclame l’indépendance de mes sens, ces prisonniers du froid.
Je veux rentrer chez moi pour laisser la pluie couler sur mes déboires, mes incertitudes ; marcher pieds nus sur le vert gazon des prés, arracher au passage une tige de canne à sucre, un épi de maïs, attraper une mangue mûre qui tombe. Je veux rentrer chez moi voir Jean jouer au football, Marie danser sur un rythme de guédé et Pierre jouer à la guitare. Je veux retourner chez moi, là où l’on me connaît, là où je ne suis point un numéro de sécurité sociale sur une liste.